Communiquer vers les générations suivantes

Communiquer, un des principes fondamentaux de la pratique de l’aïkido ; un principe que l’on peine pourtant, parfois, à retrouver au sein de la FFAAA…

Tout le monde s’accordera sur ce constat : depuis une dizaine d’années, le nombre de pratiquants ne cesse de diminuer en aïkido, tandis que la moyenne d’âge des licenciés, elle, augmente.

Bien évidemment il existe des nuances locales. Mais la tendance est là, implacable. Et quels efforts a fait la fédération depuis une décennie pour enrayer ce double phénomène ? Bien peu, nous semble-t-il.

On ne peut nier que la communication interne de la FFAAA, à destination des clubs et des licenciés, existe bel et bien, même si l’on peut regretter qu’elle prenne trop souvent la forme, en ces temps de précampagne électorale, de l’autocongratulation. En revanche, la communication externe (dans le but de recruter de nouveaux adhérents), elle, est quasi absente, hormis la création récente, conjointement avec la FFAB, de la pittoresque page Facebook « France Aïkido », expliquant ce qu’est l’aïkido… aux aïkidokas !

Il faut reconnaître que les clubs sont trop souvent laissés seuls dans ce domaine, avec des moyens limités : les fêtes associatives, les démonstrations ponctuelles, les articles dans la presse locale, la diffusion de vidéos et la création de sites sur Internet, etc. Bref, beaucoup d’efforts et d’initiatives individuelles sans qu’aucune réflexion d’ensemble venue de la fédération ne les guide réellement, tant sur les angles de la communication à définir que sur les publics visés (à part, peut-être, les séniors…).

Qui souhaitons nous recruter, et avec quel message?

Sans doute y a-t-il là un impensé sur ce qu’est l’aïkido, sa nature et ce qui le différencie des autres disciplines, qu’elles soient martiales ou de bien-être. Cela se reflète dans l’esprit du public : « une discipline avec le bâton », entend-on souvent, ou encore « l’art d’utiliser la force de l’adversaire », le tout teinté d’un imaginaire New Age, mêlant bienveillance, yoga et taïchi.

C’est là un premier axe fondamental qu’il convient de définir : qui souhaitons-nous recruter et, sans travestir la réalité de l’aïkido, avec quel message ?

Selon le public désigné, ce message devrait être ensuite décliné sur des médias choisis avec soin. Si l’on vise un public jeune, par exemple, la télévision n’est évidemment plus le support de communication adéquat, face à la concurrence des réseaux sociaux (et même, au sein de ceux-ci, certains sont déjà has been pour les jeunes).

Tout ceci requiert une réflexion de fond, une stratégie établie sur le long terme, des retours et des réajustements de trajectoires. Ce plan d’ensemble ne peut être mis en place qu’au niveau national : ce n’est en aucun cas le travail des clubs. Ce temps long ne doit d’ailleurs pas nous empêcher de saisir la balle au bond quand elle se présente : ces dernières années, l’aïkido est apparu dans un certain nombre de séries hébergées par des plateformes (Netflix, notamment). N’aurait-il pas été pertinent d’utiliser cette opportunité pour mettre en avant notre discipline ? Ou encore, à l’occasion des JO de Paris, n’était-il pas souhaitable de se mobiliser afin de lui assurer une meilleure visibilité ?

Cibler les jeunes adultes, et plus particulièrement les étudiants.

Pour en revenir à la question du vieillissement de nos effectifs, il y a désormais un impératif : celui de viser les jeunes adultes (18-25 ans). Bien entendu, toutes les tranches d’âge comptent dans le recrutement de nouveaux adhérents. Mais les jeunes d’aujourd’hui seront les pratiquants et les techniciens de demain. Ce public devrait donc être la priorité de la communication externe fédérale, tant pour le maintien du futur niveau d’expertise, qu’au regard du vieillissement des effectifs. Il en va de notre avenir, tout simplement.

Parmi les jeunes adultes, les étudiants semblent une cible trop souvent oubliée. Il est pourtant primordial d’investir ce vivier de manière stratégique et coordonnée. N’oublions pas qu’un certain nombre de pratiquants et d’enseignants – et certains de haut niveau – ont débuté par le biais de cours d’aïkido à l’Université. Or, force est de constater l’absence totale de stratégie fédérale envers ce public. Pis, un certain nombre d’éléments y font obstacle :

• Une même commission s’occupe de la petite-enfance, de l’enfance, des adolescents, et bien-sûr des jeunes adultes : ce sont pourtant des publics très différents.

• Il n’existe pas de tarif étudiant pour la licence fédérale (l’effort est fait par les clubs qui appliquent ce type de réduction).

• Il n’existe aucun pointage des universités/grandes écoles où l’aïkido n’est pas enseigné. Aucune proposition n’est faite à de jeunes enseignants pour y créer des structures (ne serait-ce pas le rôle du CTR ou de jeunes diplômés CQP ?).

• De ce fait, il n’y a pas d’aides ou de subventions fédérales pour encourager les ligues et CID à développer cet axe.

• Il n’existe aucune base de recensement permettant aux étudiants qui changent de cursus ou qui passent d’une université à l’autre de bénéficier d’une proposition de suivi.

• Il n’y a pas de communication fédérale dédiée vers ce public étudiant.

Celui-ci est pourtant très sensible à notre discipline : ces jeunes sont souvent en quête de repères, avides de se dépenser physiquement, influencés par une worldculture nippone dans laquelle ils baignent depuis l’enfance (mangas et jeux vidéo). Ils demeurent sensibles aux valeurs inclusives et humanistes de l’aïkido. Certes, les étudiants constituent un public bien spécifique, souvent éphémère : les études ne durent qu’un temps et les jeunes ont parfois tendance à s’investir puis à se désengager pour aller vers autre chose (après tout, c’est le temps des découvertes multiples). Pour autant, ils constituent aussi une richesse et un vivier devant lequel il ne faut pas se résigner à… ne rien faire.

Le message, c’est le médium!

Tous les avantages offerts par la pratique de l’aïkido devraient être promus par une communication structurée et s’appuyer sur le maillage dense de nos lycées (classes prépas), nos grandes écoles et nos universités. Un travail national avec le ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, avec les proviseurs de lycée, les directeurs de grandes écoles et les présidents d’Université -et leurs administrations en charge de la vie étudiante, notamment des « bonus sports » aux examens- serait nécessaire (création d’un délégué spécifique au sein du comité directeur ?), afin de développer l’aïkido là où il est encore absent.

L’idéal serait ensuite de pouvoir coupler une structure étudiante avec un club existant, pour permettre à terme le transfert (au moins d’une partie) de ces jeunes vers des structures pérennes et les insérer dans le mouvement fédéral.

Au niveau des médias, Facebook est déjà obsolète pour cette tranche d’âge : Instagram est la référence pour les actuels étudiants ; Tiktok pour la génération qui va arriver bientôt à l’Université. Il faut pouvoir s’appuyer sur ces médias, ainsi que Youtube en relai, sans négliger les salons étudiants nationaux ou régionaux.

Il paraît enfin nécessaire de redonner du punch à l’image de la discipline, pour que tous ceux qui aiment bouger et souhaitent essayer les arts martiaux ne se tournent pas unanimement vers la boxe ou le MMA. En bref, tout ceci nécessite une vision, une stratégie, des actions, qui ne doivent pas être du coup par coup. C’est le travail d’une fédération.