Du dojo au CTN…

Un jour, nous avons décidé de faire le premier pas : nous avons franchi la porte d’un dojo, souvent modeste, parfois renommé, mais presque toujours très près de chez nous. C’est, pour chaque aïkidoka, le point de départ d’un parcours, là où se joue, la plupart du temps, la suite de l’aventure. Ce premier échelon local, la rencontre – fondamentale – avec le premier enseignant doivent faire l’objet de toute notre attention.

Pour la plupart des pratiquants, la formation technique est essentiellement assurée par le(s) professeur(s) de son dojo. C’est au sein de cet élément de base que la pratique pluri-hebdomadaire, la constitution d’un groupe, le travail de fond vont se développer. Et, c’est là que les nouveaux pratiquants seront accueillis, intégrés et fidélisés au cours du temps.

Pour que ce dispositif soit vivant et attrayant, il paraît primordial que l’enseignant se place lui-même dans une perspective d’évolution et de progression, tant dans son aspect technique que pédagogique : en participant régulièrement à des stages et aux « écoles des cadres » ; surtout, en pratiquant lui-même sous la conduite d’un enseignant plus expert.

Diriger un cours et être un « simple » aïkidoka sont des expériences très différentes. Pour un enseignant, il est essentiel de conserver la casquette de pratiquant, qui demeure un excellent levier de progression : se remettre en question, retrouver de l’inspiration et de la fraîcheur, conserver cette motricité propre à uke, sont des éléments qui, indéniablement, tirent vers le haut.

Un professeur qui se contenterait de donner uniquement des cours verra bien souvent son dynamisme et la qualité de son enseignement plafonner voire baisser au fil du temps, affectant, dans le même mouvement, l’élan et la progression de ses élèves. Il y a donc un 1er enjeu à ce que nos enseignants continuent de s’investir dans la pratique.

Ce constat posé, il faut néanmoins reconnaître que, en miroir des progrès du professeur, l’investissement personnel de l’élève demeure moteur dans sa propre évolution. Nous avons le ressenti (certes, forcément subjectif) que l’investissement en temps des aikidokas sur le tatami a substantiellement diminué depuis plusieurs années. Il y a donc ici un 2ème enjeu à les y faire venir davantage si nous voulons assurer la pérennité et le sérieux d’une discipline qui nécessite un engagement sur le long terme. Bien qu’il existe au départ une variabilité des capacités personnelles, le « niveau » d’un aïkidoka dépendra surtout de la réponse à ces trois questions :

– Combien d’heures de pratique hebdomadaire (pendant combien d’années)?

– Avec quel.le.s enseignant.e.s ?

– Avec quel.le.s partenaires (en termes de nombre, de niveaux, de dynamique de groupe) ?

« Dans ce processus, le rôle de la fédération est donc d’impulser et de
faciliter les dynamiques locales et régionales, de former les professeurs, de repérer et de mettre en valeur les « jeunes talents » »

Ces éléments de base seront déterminants dans sa progression. Dans ce processus, le rôle de la fédération est donc d’impulser et de
faciliter les dynamiques locales et régionales, de former les professeurs, de repérer et de mettre en valeur les « jeunes talents » en vue de leur intégration aux Collèges Techniques Régionaux (CTR) ou aux diverses instances techniques.

Dans cette optique, il nous semble que la mise en place des CTR a malheureusement eu de nombreux effets pervers : souvent pléthoriques, ils s’avèrent un outil peu maniable, fréquemment déséquilibré par les rapports âge/grade. On est également souvent bien loin de l’objectif initial qui est de permettre aux « jeunes gradés» de grandir, de trouver leur place et d’apporter un peu de leur énergie et de leur vitalité dans les instances techniques.

Pour que ces structures puissent remplir pleinement ce rôle, la nomination à un CTR pourrait être conditionnée à un grade de 3e/4e Dan (éventuellement 5e Dan si la région comporte une forte densité de hauts gradés) et limitée en âge (45 ans, par exemple ?). Une attention particulière devrait également être portée à la mixité. De même, il serait préférable que l’équipe soit peu nombreuse, afin de gagner en efficacité et en cohérence (technique, pédagogique). Le corollaire en serait une limitation des mandats (par exemple un ou deux mandats de 4 ans), afin d’assurer un réel renouvellement.

Les membres du CTR prendraient en charge l’animation locale, les «interclubs», les stages départementaux. Ils pourraient animer ponctuellement des stages régionaux, des formations, des écoles des cadres.

Un repérage fédéral devrait permettre à certain(e)s d’être intégré(e)s au Collège Technique National (surtout s’il se réélargit), structuré selon des règles similaires : typiquement des 5e, 6e, 7e Dan, avec une limite de durée des mandats. En son sein, le Collège des Hauts Gradés (CHG) resterait un organe de référence pour les plus grands noms de la fédération, 7e ou 8e Dan.

L’idée directrice est donc d’assurer une vitalité et une visibilité de toutes les générations de pratiquants/enseignants engagés (du 3e Dan au grand expert national) qui participent à une montée des compétences locales et à une émulation collective entre les différentes générations de cadres fédéraux.

L’organisation technique pyramidale, inhérente à notre discipline martiale, serait maintenue, tout en favorisant une plus grande mobilité : on peut être amené à apporter son énergie et ses compétences dans la structure technique fédérale sans que cela présume de futures fonctions, encore moins d’une place à vie… L’idée est donc, à un moment donné et en fonction de besoins spécifiques ou locaux, de favoriser les plus engagés et les plus aptes.

« L’idée directrice est donc d’assurer une vitalité et une visibilité de toutes les générations de pratiquants/enseignants engagés »

On peut aussi souligner que, dans l’histoire de notre fédération, beaucoup de cadres techniques (notamment les plus grands noms) ont été formés en dehors du giron de la formation fédérale. C’est au travers d’un investissement long et assidu auprès d’un (ou de plusieurs) senseï(s) qu’ils ont développé leurs compétences techniques et pédagogiques, en France comme au Japon. Dans chaque cas, il s’agit d’un parcours d’engagement individuel vivifié par des liens forts et maintenus avec un maître sur plusieurs décennies (souvent jusqu’à la disparition de celui-ci). Sans doute y-a-t-il dans ces parcours matière à modèle (même s’ils demeurent, bien sûr, exceptionnels) ?

Pour faire apparaître et favoriser ces nouveaux profils, nous avons besoin d’enseignants qui continuent de pratiquer, de se former ; et de structures fédérales capables de détecter les talents et de permettre leur montée en compétence. Dans cette logique, la fédération se doit d’impulser, de soutenir et de coordonner les dynamiques et les forces dont elle dispose sur le plan technique.