… Et du CTN vers le dojo !

La structure technique de notre fédération, dont le dojo est le socle fondamental, est organisée selon une chaîne de relations qui unit les clubs, les Collèges techniques régionaux (CTR), le Collège technique national (CTN) et le Conseil des hauts gradés (CHG). Si l’articulation entre ces différents niveaux est vitale, force est de constater que les échanges entre eux ne sont pas toujours optimaux.

Peut-on dès lors proposer une organisation technique plus efficace ?

De la nécessaire coopération entre CHG et CTN

Les fédérations européennes – mais c’est également le cas de tous les arts martiaux au Japon – sont organisées selon une structure pyramidale : au sommet, se trouvent de grands maîtres reconnus, dont l’expertise repose sur la compétence technique, elle-même en grande partie issue d’une longue et riche expérience.

Si l’on regarde l’organisation technique de la FFAAA, le CHG rassemble aujourd’hui les plus éminents experts de l’aïkido français. Il pourrait être envisagé comme une sorte de « conseil constitutionnel », autonome dans ses choix de réflexion et garant du respect de la nature de la discipline dont il pourrait fixer les grandes lignes d’orientation. À ce titre, il serait un partenaire privilégié du CTN.

Ceci implique qu’une réelle communication soit établie entre ces deux organes et que des échanges permanents aient lieu. On ne peut que regretter l’actuelle absence d’échanges entre le CHG et le CTN : un fonctionnement en silos n’est certainement pas gage d’efficacité, ni un bon exemple de communication, un principe pourtant cher à l’aïkido.

On pourrait ainsi proposer que chaque séminaire du CTN garantisse un temps d’échange avec les membres du CHG (dont les modalités restent à définir). Il ne s’agit nullement d’inféoder un organe à l’autre. Si le CTN doit répondre aux grandes orientations qu’imposent légitimement les élus fédéraux et les membres du CHG, il est important qu’il dispose d’une réelle autonomie : dans ses choix et modalités de mise en œuvre, dans les thèmes qu’il souhaite aborder ou dans la façon dont il veut développer certains axes.

Institut de Formation et CTN : une corrélation étroite

Toujours dans cet esprit, le CTN et l’Institut de Formation devraient être également davantage liés. Les choix pédagogiques, les acteurs, les directions prises par l’Institut se doivent d’être transparents, collégialement discutés et décidés au sein du CTN. La diversité des sujets abordés (sujets d’examen, accompagnement des tuteurs, thématiques des « Universités d’été », etc.) et l’impact qu’ils peuvent avoir sur le développement de notre discipline au sein de la fédération nécessite un débat qui ne peut se faire en vase clos, quel que soit le mérite des membres de l’Institut.

Redéfinir le CTN

Sur le terrain, le rôle du Collège Technique National n’a pas toujours été bien compris. Ses travaux et productions ont semblé (et semblent encore) lointains ou peu accessibles. Certains ont même mis en doute son efficacité et la pertinence de son existence.

À ce questionnement légitime, on peut apporter deux objections :

– Même si ce n’est pas toujours explicite de la part des Délégués fédéraux régionaux (DFR, anciennement DTR), une partie des travaux et échanges du CTN redescend en régions : même s’ils n’énoncent pas « Nous avons vu ou discuté de cela au CTN », les DFR se font largement l’écho de ces réflexions « nationales », lors des stages de ligue et des formations initiales ou continues : des réflexions en matière de pédagogie, de principes, de vocabulaire, de nomenclature, de critères d’examen, de technique, etc.

– Les séminaires techniques ont participé (et participent toujours) à la cohésion de la fédération : c’est le seul moment dans l’année où, au-delà des sensibilités et des différences de style, il est possible pour tous les DFR de se rencontrer physiquement, de faire le point, d’échanger, de pratiquer, d’aborder collectivement des problématiques, bref de créer du lien, de « faire fédération ». Conserver (et même renforcer) ce temps d’échange s’avère donc essentiel.

Or, depuis les épisodes COVID, le nombre de séminaires techniques a été réduit à un par an (ainsi qu’une visioconférence de 2h). Un retour (a minima) à deux séminaires annuels parait souhaitable.

De même, le système actuel, qui prévoit des entrées et sorties régulières du CTN ainsi qu’une limite du nombre de mandats, est à conserver : c’est le gage d’un réel renouvellement et de la vitalité de cette instance. Mais il va être sans doute nécessaire d’intégrer davantage d’acteurs pour gérer les grandes régions comme nous l’indiquions dans notre précédent article : faut-il choisir plusieurs référents techniques par grande région (un DFR par Comité interdépartemental, par exemple) ? Un DFR avec un ou deux adjoints ? Des référents techniques non-adossés à un territoire précis (comme les CEN de la FFAB) ? Des acteurs aux rôles distincts ?

Ce qui est certain, c’est que, quel que soit le système choisi, le CTN sera élargi, tout du moins ponctuellement, pour intégrer ces nouveaux intervenants.

Les cycles de pilotage pourraient se caler sur les olympiades : les réflexions et travaux du CTN seraient ainsi guidés par des objectifs et des moyens fixés pour 4 ans dans les domaines techniques et pédagogiques (en lien avec le Comité directeur et le CHG). C’est un temps long adapté pour mettre efficacement en œuvre une politique d’envergure tout en pouvant dresser un bilan en fin de période : car, des évaluations internes et des retours d’expérience seraient également un bon moyen d’adapter les trajectoires futures des prochaines olympiades.

Les CTR : une interface entre le CTN et les dojos

Les orientations choisies seraient ensuite reprises par le DFR en région et descendraient vers les CTR pour cette olympiade. Le CTN devrait être en mesure de proposer aux CTR un certain nombre d’outils (textes, vidéos, bases de données, e-learning, MOOC, etc) en appui de ses orientations, qu’un DFR pourrait utiliser et diffuser lors de stages de ligue, de formations ainsi qu’auprès de son CTR. Celui-ci, idéalement composé d’une équipe jeune et resserrée, serait plutôt tourné vers l’animation locale, départementale ou interdépartementale, les soirées interclubs. Il pourrait également animer ponctuellement certaines formations et écoles des cadres.

Ce flux descendant vers les régions permettrait des orientations homogènes sur le plan national même si, çà et là, selon les contextes locaux, des ajustements et des adaptations pourraient bien évidemment se faire.

Les CTR seraient ainsi la cheville ouvrière constituant une sorte d’interface entre le national et le local. Ils seraient les interlocuteurs privilégiés des clubs et des enseignants, permettant à ceux-ci de s’approprier le travail fourni par les instances chargées de la direction technique. Mais les clubs et les enseignants pourraient aussi faire remonter leurs observations et faire part de leurs difficultés sur les grandes orientations proposées.

À l’instar de ce qui se ferait au CTN, un retour d’expérience des CTR serait souhaitable (une fois par an ?), pour que les flux d’informations naviguent dans les deux sens. Une synthèse de ces retours régionaux pourrait être réalisée par le DFR puis transmise au CTN. Ainsi, celui-ci pourrait s’emparer des informations remontées et adapter les moyens aux objectifs au fil des saisons sportives.

En résumé, le CTN s’avère une instance de première importance pour piloter la pratique et son enseignement sur tout le territoire, et dans laquelle il va falloir sans doute réinvestir. En réponse aux trajectoires décidées, il doit être en mesure d’afficher des objectifs par olympiade, de diffuser des moyens vers les CTR et d’adapter certaines orientations en fonction des retours d’information venus des dojos et des régions.

Ce dispositif doit amener de la clarté et de la lisibilité pour les clubs sur les actions fédérales entreprises, de la prévisibilité et de la proximité : au travers des remontées d’information, il s’agit d’éviter les effets inadaptés ou « hors-sol » des grands choix stratégiques nationaux.