FFAAA: anniversaire ou crise de la quarantaine?

« Nous ne sommes que des nains juchés sur les épaules de géants. » Vous connaissez peut-être cette métaphore attribuée à Bernard de Chartres, ce grand penseur du Moyen Âge : elle évoque la nécessaire humilité qui sied à une personne parvenue au sommet de son art et qui reconnaît qu’elle ne l’aurait pas atteint sans l’aide des maîtres (ces « géants ») qui l’ont guidée dans sa formation. Et quelle meilleure occasion, pour exprimer cette dette, lorsqu’une fédération reconnue (y compris sur le plan international) célèbre ses 40 ans d’existence ? Cela aurait pu être le cas de la FFAAA…

Eh bien, non, force est de reconnaître que l’occasion a été manquée.
Il aurait été pourtant simple d’évoquer à la fois les perspectives actuelles tout en rappelant le chemin parcouru et les noms de ceux qui l’ont balisé durant près d’un demi-siècle: ces « géants » de l’aïkido français, qui, accessoirement, ont aussi été à l’origine de la FFAAA en 1983.

Les avez-vous vus mis à l’honneur ces maîtres à qui nous devons tant, lors de la cérémonie officielle des 40 ans, qui s’est tenue à Fareins le 25 novembre 2023 ? Ont-ils animé des stages, des démonstrations ou tout autre type de manifestation qui auraient été à la mesure de l’évènement ? Un tel anniversaire se devait d’avoir plus d’éclat.

Et quelle place a été donnée, au sein de cette célébration, à la dimension internationale ? Y avait-il des délégués d’autres fédérations ? Ou, mieux, des représentants de l’Aïkikaï de Tokyo, avec lequel notre fédération a tissé des liens étroits depuis ses débuts, ont-ils été invités, comme cela avait été le cas lors des 20ème et 30ème anniversaires de la FFAAA ?

« Nous ne sommes que des nains juchés sur les épaules de géants. »

Bernard de Chartres

Visiblement, un autre choix a été fait : celui de célébrer (modestement) une belle bâtisse sans honorer ses bâtisseurs ou, en tout cas, pas tous, et certainement pas les plus importants.

Le « succès » de l’évènement est d’ailleurs éloquent : une centaine de pratiquants sur la photo officielle de Fareins, dont certains étaient des élus conviés à l’Assemblée Générale qui se tenait le même jour. On est très loin des 3200 stagiaires présents au 20ème anniversaire de la fédération (avec la présence du Doshu) ou des 2000 pratiquants venus de 22 pays (avec la présence du Doshu, Asai Sensei et Okamoto Sensei) lors du 30ème anniversaire.

Une occasion manquée, là encore, d’unir, de fédérer, autour d’un évènement mobilisateur. Au lieu de cela, une manifestation très quelconque, qui n’a pas rassemblé plus de pratiquants que lors d’un stage de ligue…

Un anniversaire, cela sert pourtant à réunir une « famille », à se retourner sur le temps écoulé, à regarder ceux qui sont là, autour de la table, anciens comme jeunes, à se souvenir de ceux qui ne sont plus, et à espérer le meilleur à venir.

« Une occasion manquée d’unir, de fédérer, autour d’un évènement mobilisateur. »

Peut-être est-ce cette même volonté oublieuse de ses racines lors de cette triste commémoration qui se retrouve dans le dernier Aïkimag ? Nos dirigeants semblent n’y avoir plus grand-chose à dire sur l’aïkido lui-même. Tout ceci ne fait que s’inscrire, en réalité, dans la continuité d’un ensemble de décisions et de manifestations fédérales qui vont toutes dans le même sens depuis quelques années. Nous y reviendrons.

En attendant, ouvrons grand les fenêtres et laissons entrer un peu d’air frais dans notre maison commune. Il est temps de sortir de l’entre-soi et de l’autocongratulation, pour voir plus loin. Voir et aller plus loin… parce que, ne l’oublions pas (et ne les oublions pas), nous sommes juchés sur les épaules de géants !

Collectif Aïkido Avenir